« Tout le monde me répond en anglais quand je parle français »

Sac en plastique du magasin Dollarma, entreprise montréalaise.

Sac en plastique du magasin Dollarma, entreprise montréalaise. (Photo : Luke Zhou)

C’est un rite de passage pour tout Canadien anglophone qui déménage à Montréal : malgré notre soif de parler français avec un vrai francophone, notre interlocuteur passe à l’anglais dès que nous ouvrons la bouche.

En quoi le réflexe d’accommodement typiquement franco-canadien nuit-il à l’intégration sociolinguistique des Québécois d’adoption ?

Nous, francophiles du Canada ayant l’anglais comme langue maternelle, sommes tous liés… non seulement un amour de la langue de Molière, mais aussi cette expérience commune de rejet et d’insécurité linguistique. C’est une histoire qui finit souvent par éteindre le désir d’oser parler cette langue qui nous semble interdite.

Définis par nos lacunes et par notre accent

Un ami francophone m’a dit très carrément : « Vous, les anglos, vous vous moquez de nous, les francos, quand vous massacrez notre langue. »

Ces propos sont certes extrêmes, mais il est difficile pour nous, anglophones, d’échapper à la crainte que nos lacunes nous définiront à jamais, malgré nos efforts. Il y a un sentiment d’échec lorsque la caissière chez Dollarama au centre-ville montréalais passe de Prochain ! à Would you like a bag ?

Ces impressions sont amplifiées chez mes amis d’origine asiatique. Dans la métropole québécoise, on nous adresse souvent dès le départ en anglais, sans même un Bonjour-Hi !

Monsieur, ici c’est un McDo, pas un cours de conversation

Je comprends le point de vue francophone québécois. Lorsqu’un anglophone entre dans un magasin, ou qu’il demande le chemin, c’est une interaction transactionnelle. Je suis là pour vous servir le plus vite possible, pas être votre ami.

Il n’y a aucune malveillance de vouloir mettre le client à l’aise en parlant sa langue maternelle : c’est une question de pragmatisme. Ce n’est certainement pas aux Québécois de tolérer un français parfois boiteux, voire incohérent, pour plaire aux clients anglophones.

Mais un accent ou un choix de mots affectés ne prouvent aucunement que son interlocuteur se sente mal à l’aise en parlant français. Les francophones d’autres provinces sont souvent perçus à tort comme des anglophones par les Québécois et éprouvent eux aussi ce rejet linguistique… mais là, c’est une autre histoire.

Comment est-ce que nous, en tant qu’enseignants, pouvons aider nos élèves à surmonter ces sentiments de découragement ? Je poursuis certains aspects de la discussion dans les prochains articles.

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