L’accent québécois démythifié : 3 astuces

Les « Têtes à claques » à Paris.

« Ah putain, l'accent canadien ! » – Les « Têtes à claques » à Paris. (Salambo Productions Inc. / Youtube)

Découvrez le parler québécois à l’aide de ce guide ! Voici trois phénomènes du français oral.

Notons d’abord qu’il existe plus qu’un seul « accent québécois » : les accents varient d’une ville à l’autre et d’une génération à l’autre. J’emploie ce terme pour désigner aussi le français parlé en Ontario et l’Ouest canadien.

Dans l’ensemble, les différentes variétés du parler canadien partagent certaines caractéristiques.

1. L’affrication des consonnes t et d

Les syllabes ti et tu sont prononcés tsi et tsu (ou [tsi, tsy] en alphabet phonétique international, API).

De même, di et du deviennent dzi et dzu [dzi, dzy]. Ce phénomène porte le nom d’affrication.

MotPrononciation
artisteartsiste [ar.tsɪst]
tuyeautsuyeau [tsɥi.jo]
diredzir [dzɪʀ]
durdzur [dzʏʀ]
L’affrication des consonnes en français québécois, avec transcriptions en API en crochets.

L’affrication semble passer inaperçue des Québécois, selon mes observations. Elle se produit dans tout registre (« niveau stylistique »), sauf dans les chansons et les voix hors champ (voix off).

J’ai remarqué que les anglophones qui déménagent en milieu franco-canadien ne l’adoptent généralement pas.

2. La chute du e caduc dans je

Une de mes élèves m’a demandé ce que je voulais dire par «j’te souhaite une bonne journée ».

Le e caduc (aussi appelé « e muet ») peut disparaitre dans tous les dialectes du français, mais on tend à le garder dans un parler plus formel.

D’après mes observations, les apprenants ne remarquent pas la chute du e caduc dans le pronom je lorsqu’il est suivi d’un mot commençant par s, t, p, f ou k. En plus, mes professeurs de français langue seconde avaient tendance à garder le e caduc dans ce contexte.

ExemplePrononciation
je suis [ʒə sɥi]j’suis (chui) [ʃɥi]
je te vois [ʒə tə vwɑ]j’te parle (ch-te parle) [ʃtə vwɑ]
je peux [ʒə pø]j’peux (ch-peux) [ʃpø]
je fais [ʒə fɛ]j’fais (ch-fais) [ʃfɛ]
je crois [ʒə kʀwɑ]j’crois (ch-crois) [ʃkʀwɑ]
La chute du e caduc en français familier, avec transcriptions en API en crochets.
Une interprétation de la chanson « Happy » telle que traduite par Google Translate : « Parce que j’suis heureux ! » (Groupe Média TFO / Youtube)

3. La rhotacisation

Parlons maintenant d’une propriété très saillante aux oreilles anglophones, celle de la rhotacisation. Ils tendent à remarquer et imiter ce phénomène, voire l’exagérer, tandis que les francophones l’ignorent complètement.1Lamontagne, J., & Mielke, J. (2013). Perception of Canadian French rhotic vowels. Proc. Mtg. Acoust., 83, 060250.

Selon le professeur Jeff Mielke du North Carolina State University, certains Franco-Canadiens prononcent les voyelles eu(x) (comme dans heureux), eur (docteur) et un avec une articulation similaire au r anglais.2Mielke, J. (2015). An ultrasound study of Canadian French rhotic vowels with polar smoothing spline comparisons). The Journal of the Acoustical Society of America, 137(5), 2858–2869.

VoyellePrononciation standardPrononciation rhotacisée (transcrites en orthographe anglaise)
eu(x) [ø], comme dans heureux[øʀø]err-rerr [ɚʀɚ]
eur [œʀ], comme dans docteur[dɔktœʀ]doctar [dɔktaʀ]
un [œ], comme dans commun[kmœ̃]comm-errn [kɔmɚ̃]
La rhotacisation en français québécois familier, avec transcriptions en API en crochets. Données tirées de Miekle (2015).

Voici une Franco-Ontarienne et un Québécois ayant de la rhotacisation. Vous pouvez comparer leurs prononciations avec d’autres de la francophonie : un et bleu.

Cette Franco-Ontarienne prononce un urrrn ») [ɚ̃] avec de la rhotacisation. (Groupe Média TFO / Youtube)
Ce Québecois prononce bleu bleurrr ») [blø̯ɚ] et un citron  urrrn ») [ɚ̃] avec de la rhotacisation. (Groupe Média TFO / Youtube)

Curieusement, Mielke note que la rhotacisation chez les Franco-Canadiens semble indépendante du niveau de bilinguisme et d’interaction avec des anglophones.

En savoir plus

Voici ma référence préférée : Les prononciations du français Québécois : normes et usages (2008), par Luc Ostiguy et Claude Tousignant. Elle m’a bien servi tout au long de mon parcours en tant qu’apprenant de français.

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