Corriger mes élèves francophones… en tant qu’anglophone

Photo du site web de l'Académie française.

Le guide « Dire, ne pas dire » de l'Académie française. (Photo : Luke Zhou)

« C’est ma façon de parler. »

L’élève est sorti de ses gonds quand j’ai changé « ce que je me souviens » en « ce dont je me souviens » dans son essai.

« Je suis Canadien. Je dis fin de semaine, pas weekend », a-t-il ajouté. Je trébuchais, incapable de m’exprimer…

J’ai déjà abordé l’insécurité linguistique chez les apprenants anglophones en milieu francophone majoritaire dans un article précédent. Mais que dire pour mes élèves francophones en contexte minoritaire ?

J’enseigne le français chez trois centres de tutorat à Toronto, ville anglophone où la demande d’éducation en français ne cesse pourtant de croitre.

La plupart de mes élèves sont anglophones, mais j’ai parfois l’occasion de rencontrer des élèves bilingues anglais-français. Ce type d’élève est généralement issu d’un mariage exogame (entre un francophone et un non-francophone) et va à l’école française.

L’anglais est invariablement — et de loin — sa langue dominante.

Renfermés comme des huitres

Il est facile de corriger la grammaire d’un élève pour qui le français n’est pas la langue maternelle. Il s’y attend.

En revanche, pour mes élèves francophones, se faire corriger — surtout par un anglophone — éveille une honte profonde qui se manifeste en réactions défensives.

Chaque commentaire semble éroder, petit à petit, leur droit à une identité francophone… même quand c’est eux qui me demandent de corriger leur travail.

Ils se renferment «comme des huitres», comme l’exprime Christian Morissette, enseignant dans une école secondaire manitobaine.

Une huitre.
Illustration : pluspng.com

Une culture de correction

La langue française a une tradition prescriptive : ses normes sont figées par des institutions comme l’Académie française et l’Office québécoise de la langue française.

Les enseignants sont préoccupés par la correction linguistique, plus que dans les autres langues, ce qui provoque une anxiété chez les francophones en contexte minoritaire, selon François Paré, professeur en littérature franco-ontarienne.

De correcteur à collaborateur

Devant mes élèves francophones, j’exprime ma position dès le début : je rejette l’idée qu’il existe un « bon français » absolu par rapport auquel tout écart est fautif. Un français « à soi » peut bel et bien coexister avec un français soutenu.

Mon identité anglophone me permet de passer de correcteur à collaborateur : « Ah cool, vous dites je te manque pour I miss you chez vous? Pour nous, les anglos, on nous corrige ça constammenttu me manques. Moi aussi, je trouve ça mélangeant.»

Je connais certainement les règles de la grammaire française, mais il y a beaucoup que j’ignore sur la multitude de variétés et saveurs caractérisant cette langue parlée partout au pays.

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